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  • urentre

Le blog urentre

Chers amis internautes,

J'ai le plaisir de vous présenter le blog urentre. C'est mon blog, mais c'est aussi le vôtre, si vous le souhaitez.

Le blog urentre se veut être un espace d'échanges, de réflexion, de création et de production, avec comme centre d'intérêt la langue comorienne, le shiKomori, en tant qu'objet d’étude, mais aussi comme outil de travail et de développement.

L’initiative n’est pas une première en soi, puisque beaucoup a déjà été dit et écrit dans et sur la langue comorienne, et que d’autres lieux et pôles de réflexion sur le shiKomori existent. Mais les Comoriens ont dit : « shengi tsi uaɗe, na shihu kashitri ».

Notre objectif est donc tout juste de permettre à un plus grand nombre de personnes de s'exprimer à travers le shiKomori, de manière plus cohérente et organisée. Et tout le monde peut ainsi participer à cette dynamique d'enrichissement et de développement de et par cette langue.

La diversité et la complémentarité viendront de chacun et de chacune d'entre nous, aussi bien dans le domaine technique linguistique du shiKomori, qu'à travers les différentes thématiques qui seront traitées par cette langue. Tout le monde y aura sa place, les néophytes et les spécialistes, les amateurs et les professionnels. Le blog urentre c’est aussi la croisée des chemins entre le shiKomori et d’autres langues, donc entre comorophones et locuteurs d’autres langues. Le tout est de se libérer et d’aller de l’avant.

J’espère que cette aventure sera longue, riche et passionnante. Donc, trama tsilo ɓo wendza manyo, et à vos plumes !

Amroine Darkaoui.

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Djimbo la twaifa

HYMNE NATIONAL DES COMORES

UDZIMA WA MASIWA

Ɓeramu isipepeza
Inadi ukombozi pia
Idaula ipvenuha
Ha si
ɓaɓu ya idini

Ipvo yatsangaya hunu Komoria

Narikeni na mahaba
Ya hupvendza yamasiwa yatru
Wasi waKomoro damu moja
Wasi waKomoro dini ndzima

Yamasiwa yadzaliwa
Yamasiwa yarilea
Mola ne arisaidia

Narikeni ha nia
Ripvendze watwania
Mahaba ya dini na dunia

Ɓeramu isipepeza
Rangu mwezi sita wa jwie
Idaula ipvenuha
Zisiwa zatru zikatuha
Maore na Ndzuani, Mwali na Ngazidja

Narikeni na mahaba
Ya hupvendza yamasiwa

Paroles : Said Hachim Sidi Abderemane

Musique : Kamildine Abdallah et Said Hachim Sidi Abderemane

Adopté : en 1978

 

Traduction en français

L’UNITE DES ÎLES

Au faîte, flotte le drapeau
Il a proclamé la liberté totale
L’Etat est apparu
Du fait de la religion

Qui a émergé ici aux Comores

Soyons imbus d'amour

Pour adorer nos îles
Nous Comoriens sommes du même sang
Nous Comoriens embrassons la religion

Une naissance a eu lieu pour les îles
Les îles qui nous ont éduqués
Certes Dieu y a apporté Son aide

Soyons dans la conviction

Pour aimer la patrie
Un amour de la religion et de la vie

Au faîte, flotte le drapeau
Depuis le 6 juillet
L’Etat est apparu
Nos îles se sont révélées
Maore et Ndzuani, Mwali et Ngazidja

Soyons imbus d'amour

Pour adorer les îles

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Les mots à la page

Lexique constitué de mots et expressions utilisés sur le blog urentre, et dont la formulation et la signification adoptées ici peuvent changer.

1.        Alifuɓe : alphabet

2.        Ɓarua : lettre (correspondance, courrier)

3.        Harufu : odeur

4.        Hurufu : lettre (consonne, voyelle)

5.        Hurufu ngatiti : lettre minuscule

6.        Hurufu ndribwavu : lettre majuscule

7.        Hurufu ya nyereɓu : voyelle

8.        Hurufu ya swauti : consonne

9.        Hurufu ya nyereɓu ya hanyoni : voyelle orale

10.    Hurufu ya nyereɓu ya mpuani : voyelle nasale

11.   Urentre : action du crieur public

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    Les douze mois de l’année de l’Hégire sont les suivants, avec leur appellation en langue comorienne, dans la variante de Domoni – Ndzuani : Muharram / Mwezi wa Wadzade Safar / Mwezi wa Karu Rabiûl-Awal / Mwezi wa Malida Rabiû Thani / Mwezi Wavili wa Malida...
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11 juin 2016 6 11 /06 /juin /2016 20:12

Les douze mois de l’année de l’Hégire sont les suivants, avec leur appellation en langue comorienne, dans la variante de Domoni – Ndzuani :

  1. Muharram / Mwezi wa Wadzade
  2. Safar / Mwezi wa Karu
  3. Rabiûl-Awal / Mwezi wa Malida
  4. Rabiû Thani / Mwezi Wavili wa Malida
  5. Djumadal-Ula / Mwezi Wararu wa Malida
  6. Djumada Thani / Mwezi wa Hoa
  7. Radjab / Mwezi wa Miradji
  8. Shaâban / Mwezi wa Dedza
  9. Ramadhan / Mwezi wa Tsumu
  10. Shawwal / Mwezi wa Mfunguo
  11. Dhul-Qaâda / Mwezi Wavili wa Mfunguo
  12. Dhul-Hidja / Mwezi wa Hedja (Mwezi wa Hedja Maka)
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8 août 2010 7 08 /08 /août /2010 23:36

Wana waili tilani 2, par Mohamed Ahmed-Chamanga.

Cet article est constitué des commentaires de Chamanga, à propos de l’article « Couplets standards » publié sur urentre.

Wana waili tilani, na wontsi wa sawa sawa

Nirenge upvi mwalangu, nilishe upvi mwalangu

Moja shiɗo sha huɗoa, moja yandza ya matsoni

Pvwa mwana-fi ɓaharini, ana mapviho sitini

Tsilawa hondromusika, anambia masikini

Masikini kana shahe, atria nkondro mujini

Haitutu haitutu, utungu wa murututu

Notes de Chamanga

Wontsi : -ontsi est un adjectif indéfini. Il doit s'accorder avec wana ici, d'où le "w" qui est la forme tronquée de "wa".

Mwana-fi : Tu avais oublié le "a" de mwana. Mwana-fi étant un mot composé, je sépare les deux items par un trait d'union.

Hondromusika : je l'écris en seul mot, car "ondro" est un "auxiliatif", élément grammaticalisé assumant la fonction d'auxiliaire, comme le "tso" du futur ou le "ko" de l'imparfait. Il ne faut donc pas le couper de la base verbale. Le "mu" devant musika est un pronom-objet, comme le ni dans anambia, mot qui suit.

Si tu enlèves l'auxiliatif -ondro-, cela donnera humsika. Tu vois tout de suite que tu ne peux séparer la marque de l'infinitif hu- de la suite...

Mohamed Ahmed-Chamanga.

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8 août 2010 7 08 /08 /août /2010 01:27

Couplets standards

Les couplets suivants (peut-être à compléter) sont standards, et sont utilisés aussi bien pour plusieurs chansons que dans différentes danses, comme le waɗaha, le shigoma, le mshogoro, le tari, … et même des berceuse et le gabusi.

Wana waili tilani, na ontsi wa sawa sawa

Nirenge upvi mwalangu, nilishe upvi mwalangu

Moja shiɗo sha huɗoa, moja yandza ya matsoni

Pvwa mwnafi ɓaharini, ana mapviho sitini

Tsilawa hondro musika, anambia masikini

Masikini kana shahe, atria nkondro mujini

Haitutu haitutu, utungu wa murututu

Si vous avez la possibilité d’en ajouter à ces couplets, allez-y !

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8 août 2010 7 08 /08 /août /2010 01:15

Des proverbes et expressions / Mafumbo 1 

Voici quelques proverbes et expressions comoriens, formulés en shiNdzuani et traduits en français. La liste est encore très longue.

Ce serait un exercice intéressant pour les uns et les autres de  contribuer tous, d’une part, à allonger la liste et, d’autre part, à compléter les cases du tableau suivant par la formulation des proverbes et expressions dans les différents parlers du shiKomori.

ShiMaore

ShiMwali

ShiNdzuani

ShiNgazidja

ShiFarantsa

1.         

 

 

-  Shengi tsi uaɗe

-  Shihu kashitri

 

Abondance de bien ne nuit pas

2.         

 

 

Marata mundru wa shondra

 

-   A père avare, enfant prodigue

-     A femme avare, galant escroc

3.         

 

 

Mundru wa ngoma ngomani

 

L’appétit vient en mangeant

4.         

 

 

Pandza ta pandza rehema

 

Après la pluie, le beau temps

5.         

 

 

Ɓa muondroa ɓa

 

A quelque chose malheur est bon

6.         

 

 

Mpaha zifu, pmuhu zikwendra ha ɓankorwa

 

-   Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois

-   Le chat parti, les souris dansent

7.         

 

 

Mka maka kahedji

 

Les cordonniers sont les plus mal chaussés

8.        

 

 

Mro wahishuka wendra ɓaharini

 

L’eau va à la rivière

9.        

 

 

Itsokao naike

 

Advienne que pourra

10.    

 

 

Lahinunka lilo lijambwa

 

Il n’y a pas de fumée sans feu

Haya, ndrongo tsio !

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28 juillet 2010 3 28 /07 /juillet /2010 21:47

Je rediffuse ici l’article ci-après que j’ai publié sur Halidi blog, le 21 mars 2010 (http://halidiallaoui.over-blog.com/article-de-la-francite-a-la-francophonie-faire-la-difference-par-amroine-darkaoui-47103902.html).

De la francité à la francophonie : faire la différence.

Ce 20 mars 2010, date de célébration du 40ème anniversaire de la francophonie - champ de partage de la langue française et de diversité linguistique - est une opportunité, entre autres contributions, de s'interroger sur la différence entre "francité" et "francophonie".

Cette interrogation est suggérée par l'usage dans la presse comorienne du terme "ufarantsa" ou "ufarantsia" pour désigner la francophonie. Or, cette marque de classe "u" appliquée à un nom indique l'appartenance à l’entité ainsi marquée par ce nom.

Ainsi, ufarantsa ou ufarantsia caractériserait ce qui est français, et appartient à la France, dans le sens de la francité de quelqu'un, d'un objet. Ce qui, évidemment, ne signifie pas francophonie, terme qui relève, non pas de l’entité France, mais de celle de la langue française, signifiant par conséquent le partage de la langue française.

Il conviendrait alors, par analogie, d’établir cette différence dans la langue comorienne, en construisant le terme signifiant « francophonie », non pas de l’entité France - « Farantsa » - mais de celle « shiFarantsa » - la langue française. Cela donnerait alors le terme « ushiFarantsa ».

En ce moment marqué par le débat sur l’identité nationale française, cette clarification est sans doute nécessaire.

Amroine Darkaoui

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27 juillet 2010 2 27 /07 /juillet /2010 23:36

Je rediffuse ici, avec quelques retouches, l’article ci-après que j'ai publié dans la Revue TAREHI, n°5, Mars – Avril – Mai 2002, Paris.

Le ɓalolo ou Une tribune libre pour les femmes

L’origine et la signification

Le ɓalolo est une danse, parmi tant d’autres, que l’on a l’habitude de voir à l’occasion de la célébration des mariages et, plus rarement des cérémonies de circoncision et, pour les filles, de coupe des cheveux. Quand on y assiste, on voit une assemblée de femmes assises en cercle sur des sièges – à l’origine de sortes de canapés – et dans plusieurs rangs. Au centre, trois femmes jouent, deux de tambours et la troisième d’un plateau de cuivre qu’elle fait retentir par de légers coups d’une cuillère à soupe. Cette assemblée tape des mains, chante et … bouge, au rythme de la musique.

Quoi de plus pour parler d’une danse ? Mais quand nous disons que l’assemblée « bouge » c’est que, en regardant bien, ces femmes ne dansent pas. Pour avoir une idée plus claire de ce spectacle, il faut imaginer des femmes assises, ayant chacune un enfant sur les cuisses, et exécutant des mouvements – c’est le mot – de va-et-vient régulier de l’avant à l’arrière : ni plus ni moins que des nurses en train de faire dormir leurs protégés.

Les chants du ɓalolo seraient en effet d’anciennes berceuses créées et chantées pendant les sultanats par les femmes esclaves de Domoni, qui avaient la charge de garder les enfants dans les familles nobles. Ces nurses ont produit, à leur guise et en toute liberté, chacune de son côté, tant et tant de strophes. Elles y ont mis tout ce qu’elles ont pu observer et écouter, à commencer par ce qui se faisait et se disait dans les palais. Elles ont ainsi tout rapporté dans leur création, sans hésitation, ni peur, ni pudeur. Toute la société y est passée, surtout la haute classe. Elles ont mis au clair les rapports entre gouvernants et gouvernés, entre riches et pauvres, entre hommes et femmes, entre rivales, et j’en passe. Enfin, elles n’ont pas manqué d’apporter leur point de vue sur les choses de la société.

Ces chants sont restés au niveau des esclaves jusqu’au jour où la reine, emportée par la douceur de leurs airs et la force de leur contenu, a rassemblé, à l’occasion du mariage de sa fille aînée, toutes les nurses de la cité qui sont venues étaler des merveilles jusque là inconnues et sans valeur. Ainsi était né le ɓalolo.

C’est alors devenu la mode. Le grand mariage avait accouché d’un enfant de plus. A l’époque, seules les familles de la haute classe pouvaient organiser le ɓalolo. Les femmes nobles ne pouvaient plus supporter de suivre le ɓalolo en spectatrices. Elles s’en sont emparé et sont elles mêmes descendues dans l’arène. L’occasion leur était aussi donnée de dire leurs maux en public – public femme, il s’entend – et les rivales s’en sont donné à cœur joie, souvent sous des diatribes à peine voilées.

Le ɓalolo a toujours été le domaine privé des femmes de Domoni, ancienne capitale et cité historique de l’île de Ndzuani (Anjouan), ville qui demeure encore un foyer important des traditions culturelles. Quand une autre ville éprouve le besoin de vivre les délices du ɓalolo, alors elle doit déplacer les femmes, spécialistes, de Domoni.

Aujourd’hui, le ɓalolo est devenu une cérémonie d’initiation à la morale sociale et à la vie conjugale. Il est de coutume, à Domoni, pour les deux mariés, lors du grand mariage, de rester ensemble à la maison, sans sortir, pendant sept jours. C’est pendant cette période appelée le fukare (sept) que se joue le ɓalolo, le soir. Autrefois, c’était plusieurs soirées qui, aujourd’hui, sont réduites à une.

De leur chambre, les jeunes époux suivent le ɓalolo qui se joue à côté, dans le salon. Ils consacrent toute leur attention à toutes ces paroles qui leur sont adressées directement, pour en tirer les leçons, paroles pourtant qui datent de plusieurs décennies. En effet, depuis longtemps déjà, le ɓalolo a cessé d’enregistrer de nouvelles strophes. Au contraire, il en perd avec la disparition de ces magnétophones vivants qui les ont conservés et transmis. Dommage !

La forme et le style

Pour ce qui est de la forme et du style, le ɓalolo compte sept textes que nous présentons ici suivant l’ordre dans lequel ils sont chantés :

1.       Mlenge[1] wa Fani lada (La passion de Fani est exquise)

2.       Haya lolo ɓalolo

3.       Alolo, alolo ɓalolo

4.       Ah Koko (Ah la Vieille)

5.       Mwandzani wangu (Mon ami) / Marwahaɓa ya Mwenye (Remerciements pour Monsieur)

6.       Yanga ya waƊomoni (La fenêtre des Domoniens)

7.       Hailele, hailela hoya

Deux de ces textes sont des shadi, c’est-à-dire des chants non accompagnés de musique et qui demandent une attention particulière aux auditeurs. Il s’agit de « Alolo, alolo ɓalolo » et de « Ah Koko ». A chacun des sept textes correspond un air différent sauf pour « Mwandzani wangu » et « Marwahaɓa ya Mwenye » qui constituent en fait un seul long texte pouvant se chanter dans deux airs différents.

Le ɓalolo commence toujours par les « Djunga », sorte d’introduction qui définit le contexte. Les paroles «Akakawe, alolo ɓisimila mwandro mwemwa, Mwiso mwemwa ! » (Au nom de Dieu c’est un bon début, ce sera une bonne fin !) situent, par exemple, le ɓalolo dans un contexte musulman, en plaçant le nom de Dieu avant toute action. Le ɓalolo évolue ensuite, comme le conte de fées, dans une liberté sans limite, que l’on ne peut se permettre dans aucune autre situation de la vie sociale. Comme quoi les femmes qui ont créé les chants du ɓalolo étaient bien des esclaves qui ne pouvaient se défouler qu’en cachette, en vrais pamphlétaires sur et contre la société dans laquelle elles vivaient. Le ɓalolo se déploie dans un mélange extraordinaire de critiques acerbes, de comparaisons et de métaphores, toutes autant belles que faussement innocentes.

La richesse thématique

Le ɓalolo, dans sa foison d’idées et de réflexions, passe d’abord pour être une satire de la société. Toutes les catégories y passent. Mais la vision générale est celle de la justice, de l’équité et du soutien au plus faible.

Sans conteste, la thématique de la vie conjugale est cependant privilégiée, d’où cette attention exigée aux jeunes mariés à ce moment particulier du fukare, le ɓalolo étant alors considéré comme l’école de la vie. Pratiquement toutes les strophes y contribuent. Mais c’est le texte 6, Yanga ya waƊomoni (La fenêtre des Domoniens), qui y est totalement focalisé, avec des sujets comme :

-           le respect de soi :

Wanadamu kumi na waili

Pvwa mwendza haya na shintru kana

Shintru mbe mwendza haya

Kana haya katsohupva

Kahupva na marongo ahwamba

Voilà douze personnes

L’une est honnête et démunie

Donne à celui qui est honnête

Qui est malhonnête ne te donnera rien

Il ne te donnera rien et médira t’insultera

-           l’amour et les relations conjugales :

Muntru mume kandziha simwandze

Sandze walatsa huruma zaho

Sandza na ye asandza pvwangina

Ne t’enflamme pas pour un homme indigne d’amour

Ne l’aime pas au risque de gaspiller ta passion

Tu l’aimes, mais lui il aime quelqu’un d’autre

-           l’entretien de la femme :

Jau jau ata lini ɓwana

Tsamba kupvendze kulishi ipvo

Mushe wa hula mushe wa hunwa

Mushe usikwa mihono mili

Comme ça jusqu’à quand Monsieur ?

Je t’ai dit d’enfin abandonner si tu n’aimes pas

Une femme doit manger et boire

Une femme doit être tenue entre deux mains

Dans ce débat conjugal, le conflit entre femmes rivales partageant le même mari dans un contexte de polygamie occupe une place de choix, faisant apparaître, souvent en l’absence de toute pudeur, des situations extrêmes de luttes quotidiennes acharnées et sans merci. On relèvera les vers suivants à titre d’exemple :

-           Texte 1, Mlenge wa Fani lada (La passion de Fani est exquise)

Muntru mme mui maradi

Na muntru mshe mui sumu

Tsikiri dzangu yamaradi

Rana hula sumu nafa

Un mauvais mari est une maladie

Et une mauvaise épouse est un poison

Je préfère bien la maladie

Plutôt que manger du poison et mourir

-           Texte 2, Haya lolo ɓalolo

Mwidzi muiɓa mume kaiɓa shintru

Kavundza kasha wala kavundza ɓweta

Wala karumbua sha sheweju

Qui vole un mari n’a rien volé

Elle n’a ni brisé une malle, ni forcé un coffre

Elle n’a non plus rien rompu de respectable

-           Texte 6, Yanga ya waƊomoni (La fenêtre des Domoniens)

Mushe munyawe shinana foro

Ahilala utriha ure

Amlodzo mwenye zikwendze

La rivale a le bas-ventre troué

Elle bave quand elle dort

Et mouille les testicules de Monsieur

D’autres thèmes sont abordés et concernent la duplicité humaine, la différence des générations, les rapports entre le pouvoir et le peuple, le rôle du garçon et de la fille dans la famille, la fierté humaine, la beauté féminine, etc. On y trouve des sujets à caractère universel comme la pauvreté et ses méfaits sur le comportement humain, l’amour et la protection de l’enfant, l’importance de l’éducation. En voici quelques extraits :

-           Texte 1, Mlenge wa Fani lada (La passion de Fani est exquise)

Shafundra muntru widzi mwana

Na shadzua dzingo shahula

Tsiwono shihwendre shahija

Shinipa matso tsirenge

C’est l’enfant qui pousse au vol

Et c’est le manger qui a créé l’adultère

J’ai vu venir de la banane de shihwendre

Je n’ai pu m’empêcher de la prendre

-           Texte 2, Haya lolo ɓalolo

Leo tsijopvahara mwana wangu

Mwanangu kana nyongo ma kawawa

Mwanangu lada lada na ngizi ngizi

Mwanangu wa shijavu na mua mwenye

Na ɗandzi la nkonyo nimrungatse

Aujourd’hui je viens porter mon enfant dans mes bras

Mon enfant n’est ni amère, ni piquant

Mon enfant est savoureux et sucré

Mon enfant est de coco à boire et de canne à sucre de qualité

Et avec une mandarine à tige je l’amuse

-           Texte 7, Hailele, hailela hoya

Tsilimbi goma langu ushilindroni masikini kaɓiha

Uɓihwa mufalume na mwendza nkemba na wasomao zio

J’ai tendu mon tambour sur la place publique, le pauvre n’en a pas joué

Seuls en jouent un roi, un enturbanné et des liseurs de livres

L’exploitation du ɓalolo

A l’évidence, une telle richesse prête à une exploitation très variée. Le ɓalolo porte des références géographiques, historiques, sociales, religieuses et philosophiques qui renvoient, entre autres aux Comores et à l’Afrique, à l’Islam, à l’astrologie, à l’art culinaire, aux croyances traditionnelles et à la connaissance de la nature. Par ailleurs, l’exploitation linguistique du ɓalolo, au-delà des effets poétiques, fera apparaître la force et l’ampleur de la langue comorienne dans toute sa variété, ainsi que son attachement aux sources bantoues les plus profondes.

Pour terminer, nous soulignerons que, si tous les airs du ɓalolo sont connus, les textes manquent de beaucoup de leurs couplets. Aussi une grande partie reste-t-elle à compléter. Nous ajouterons que certains mots ont encore besoin d’être traduits, voire même expliqués. Et certaines parties méritent des éclaircissements.

Amroine DARKAOUI



[1] Littéralement, « mlenge » signifie « nature »

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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 22:25

Dire, écrire et lire l’hymne national des Comores

La lecture de l’hymne national des Comores Udzima wa Masiwa – tel qu’il est écrit sur le site officiel de la Présidence de l’Union des Comores (en français) et sur le blog comores4 (en comorien et en français) – nous a suggéré cet article. Et nous noterons que le texte en français – que nous reprenons après le présent article avec celui en comorien – est exactement le même sur les deux sites.

Nous avons en effet jugé utile et nécessaire de proposer certaines clarifications, dans la façon de dire, écrire et lire ce texte, aussi bien en comorien qu’en français, tant en ce qui concerne sa forme que son contenu.

Dans la forme, nous avons d’abord dû rétablir une écriture qui respecte les règles morphosyntaxiques de la langue comorienne. Nous avons également essayé de revoir le découpage en vers – pour une meilleure cohésion avec le contenu – et de réorganiser le texte en strophes, pour lui donner un mouvement qui correspond à son rythme.

Quant à ce qui concerne le contenu, nous avons là aussi essayé de rétablir certaines significations, surtout en français, où la traduction qui avait été faite avait introduit beaucoup d’interprétations. Nous pensons en effet que le texte de l’hymne national doit être gardé dans sa simplicité par laquelle il a été exprimé, et qui lui confère une grande richesse, et des possibilités de l’interpréter éventuellement, mais dans un cadre plutôt politique, sociolinguistique ou littéraire.

Prenons quelques exemples, à commencer par le titre.

« Udzima » se traduirait plutôt par « unité », terme qui désigne une cohésion humaine et sociale, naturelle, à la place de « union » qui serait un rassemblement voulu, et choisi à travers les institutions. L’inscription de « Unité » dans la devise des Comores et l’appellation actuelle du pays par « Union » semblent justifier cette explication.

Dans le texte en comorien, nous nous passerons des faits qui relèvent de la grammaire et du découpage des mots – tel que « Udzima wa Masiwa » au lieu de « Udzima wamasiwa » – pour nous attarder sur une situation plus profonde. Il s’agit du premier vers de la troisième strophe « Yamasiwa yadzaliwa », qui avait été écrit « Yamasiwa radzaliwa ». La première forme signifie « Une naissance a eu lieu pour les îles », alors que, à la deuxième, il a été donné le sens de « Les îles où nous somme nés ». Mais, en comorien, quand on dit de quelqu’un qu’il est né, on utilise la phrase de la forme passive « adzawa » ou « adzalwa ». Par contre « adzaliwa » est une formulation qui combine la forme passive à une autre de forme de dérivation verbale qui est l’applicatif, et qui apporte le sens d’ « exécuter une action pour le compte ou a la faveur de quelqu'un ou contre lui » (cf. Mohamed Ahmed-Chamanga, La structure morpho-syntaxique du shiKomori). Donc, le sujet qui subit ici l’action de la naissance, qui est réalisée en sa faveur, c’est bien « yamasiwa » et pas « nous ». La preuve est que la phrase qui suit juste après reprend le même sujet : « Yamasiwa yadzaliwa, Yamasiwa yarilea ». Enfin, si on écoute bien le texte chanté de l’hymne national, c’est bien de « Yamasiwa yadzaliwa » qu’il s’agit (cf. Blog urentre).

Dans le texte en français, nous relèverons les exemples suivants, qui nous semblent là aussi fondamentaux :

« L’Etat est apparu » au lieu de « La nation apparaît » : la nouveauté, c’est bien l’Etat en tant qu’institution, précédée par la nation qui a existé depuis longtemps, et qui a créé cet Etat.

Nous trouvons par ailleurs que, entre autres traductions, celles-ci « Force d'une même religion (Ha siɓaɓu ya idini) », « Vivons dans l'amour réciproque  (Narikeni na mahaba) », « Nous embrassons la même idéologie religieuse (Wasi waKomoro dini ndzima) » sont chargées d’une interprétation qui risque de les détourner de leur vrai sens, simple et commun à tous les Comoriens. Pour ne parler que du dernier cas, nous pouvons dire que, aux Comores, la religion est plutôt une pratique intégrée et confondue à la vie quotidienne plutôt qu’une idéologie.

Et nous terminerons par une observation de type plutôt purement linguistique : « Depuis le 6 du mois de Juillet ». L’expression de la langue comorienne veut que, quand on donne une date, le chiffre soit précédé du mot « mwezi (mois) ». Mais nous pensons que ce serait impropre de vouloir exporter cette forme dans les autres langues, quand le comorien y est traduit, à moins que ce soit dans un objectif littéraire explicite ; ce qui n’est pas le cas ici.

 

TEXTES ACTUELS

 

Hymne national des Comores ‘’UDZIMA WAMASIWA’’ :

I
ɓeramu isipepeza
Inadi ukombozi pia
idaula ipvenuha
tasi
ɓaɓu ya idini pvo yatsangaya
hunu Komoria
Narikeni na mahaba
Ya huvendza yamasiwa yatru
Wasiwa Komoro damu moja
Wamasiwa Komoro dini ndzima
Yamasiwa radzaliwa
Yamasiwa yarilea
Mola ne arisaidia
Narikeni ha nia
rivendze uwatania
Mahaba ya dini na dunia.
I
ɓeramu isipepeza
rangu mwezi sita wa jwiye
idaula ipvenuha
zisiwa zatru zikatuha
Maore na Nzuani,
Mwali na Ngazidja
Narikeni na mahaba
Ya huvendza yamasiwa.

*****************
Traduction en Français :
UDZIMA WAMASIWA =

UNION DES ÎLES
Au faîte le Drapeau flotte
Appelle à là Liberté totale.
La nation apparaît,
Force d'une même religion au sein des Comores.
Vivons dans l'amour réciproque dans nos îles,
Les Comoriens issue de même sang,
Nous embrassons la même idéologie religieuse.
Les îles où nous somme nés!!
Les îles qui nous ont prodigués la bonne éducation.
Dieu y a apporté son aide.
Conservons notre unité pour l'amour de la patrie,
Amour pour la religion
Et pour l'évolution.
Au faîte le Drapeau flotte
Depuis le 6 du mois de Juillet
La nation apparaît,
Les îles devenues souveraines;
Maore - N'Dzuani - Mwali - et N'Gazidja.
Gardons notre amour pour les îles.

Blog comores4

http://comores4.skyrock.com/

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HYMNE NATIONAL
UDZIMA WAMASIWA (Union des îles)

Au faîte le Drapeau flotte

Appelle a là Liberté totale.
La nation apparaît,
Force d'une même religion au sein des Comores.
Vivons dans l'amour réciproque dans nos îles,
Les Comoriens issue de même sang,

Nous embrassons la même idéologie religieuse.
Les îles où nous somme nés!!
Les îles qui nous ont prodigués la bonne éducation.
Dieu y a apporté son aide.
Conservons notre unité pour l'amour de la patrie,
Amour pour la religion

Et pour l'évolution.

Au faîte le Drapeau flotte
Depuis le 6 du mois de Juillet
La nation apparaît,
Les îles devenues souveraines;
Maore - N'Dzuani - Mwali - et N'Gazidja.
Gardons notre amour pour les îles.

Paroles :
Said Hachim Sidi Abderemane

Musique :
Kamildine Abdallah et Said Hachim Sidi Abderemane
(Adopté en 1978)

Site officiel de la Présidence de l’Union des Comores

http://www.beit-salam.km/

 

 

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