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  • urentre

Le blog urentre

Chers amis internautes,

J'ai le plaisir de vous présenter le blog urentre. C'est mon blog, mais c'est aussi le vôtre, si vous le souhaitez.

Le blog urentre se veut être un espace d'échanges, de réflexion, de création et de production, avec comme centre d'intérêt la langue comorienne, le shiKomori, en tant qu'objet d’étude, mais aussi comme outil de travail et de développement.

L’initiative n’est pas une première en soi, puisque beaucoup a déjà été dit et écrit dans et sur la langue comorienne, et que d’autres lieux et pôles de réflexion sur le shiKomori existent. Mais les Comoriens ont dit : « shengi tsi uaɗe, na shihu kashitri ».

Notre objectif est donc tout juste de permettre à un plus grand nombre de personnes de s'exprimer à travers le shiKomori, de manière plus cohérente et organisée. Et tout le monde peut ainsi participer à cette dynamique d'enrichissement et de développement de et par cette langue.

La diversité et la complémentarité viendront de chacun et de chacune d'entre nous, aussi bien dans le domaine technique linguistique du shiKomori, qu'à travers les différentes thématiques qui seront traitées par cette langue. Tout le monde y aura sa place, les néophytes et les spécialistes, les amateurs et les professionnels. Le blog urentre c’est aussi la croisée des chemins entre le shiKomori et d’autres langues, donc entre comorophones et locuteurs d’autres langues. Le tout est de se libérer et d’aller de l’avant.

J’espère que cette aventure sera longue, riche et passionnante. Donc, trama tsilo ɓo wendza manyo, et à vos plumes !

Amroine Darkaoui.

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Djimbo la twaifa

HYMNE NATIONAL DES COMORES

UDZIMA WA MASIWA

Ɓeramu isipepeza
Inadi ukombozi pia
Idaula ipvenuha
Ha si
ɓaɓu ya idini

Ipvo yatsangaya hunu Komoria

Narikeni na mahaba
Ya hupvendza yamasiwa yatru
Wasi waKomoro damu moja
Wasi waKomoro dini ndzima

Yamasiwa yadzaliwa
Yamasiwa yarilea
Mola ne arisaidia

Narikeni ha nia
Ripvendze watwania
Mahaba ya dini na dunia

Ɓeramu isipepeza
Rangu mwezi sita wa jwie
Idaula ipvenuha
Zisiwa zatru zikatuha
Maore na Ndzuani, Mwali na Ngazidja

Narikeni na mahaba
Ya hupvendza yamasiwa

Paroles : Said Hachim Sidi Abderemane

Musique : Kamildine Abdallah et Said Hachim Sidi Abderemane

Adopté : en 1978

 

Traduction en français

L’UNITE DES ÎLES

Au faîte, flotte le drapeau
Il a proclamé la liberté totale
L’Etat est apparu
Du fait de la religion

Qui a émergé ici aux Comores

Soyons imbus d'amour

Pour adorer nos îles
Nous Comoriens sommes du même sang
Nous Comoriens embrassons la religion

Une naissance a eu lieu pour les îles
Les îles qui nous ont éduqués
Certes Dieu y a apporté Son aide

Soyons dans la conviction

Pour aimer la patrie
Un amour de la religion et de la vie

Au faîte, flotte le drapeau
Depuis le 6 juillet
L’Etat est apparu
Nos îles se sont révélées
Maore et Ndzuani, Mwali et Ngazidja

Soyons imbus d'amour

Pour adorer les îles

Archives

Les mots à la page

Lexique constitué de mots et expressions utilisés sur le blog urentre, et dont la formulation et la signification adoptées ici peuvent changer.

1.        Alifuɓe : alphabet

2.        Ɓarua : lettre (correspondance, courrier)

3.        Harufu : odeur

4.        Hurufu : lettre (consonne, voyelle)

5.        Hurufu ngatiti : lettre minuscule

6.        Hurufu ndribwavu : lettre majuscule

7.        Hurufu ya nyereɓu : voyelle

8.        Hurufu ya swauti : consonne

9.        Hurufu ya nyereɓu ya hanyoni : voyelle orale

10.    Hurufu ya nyereɓu ya mpuani : voyelle nasale

11.   Urentre : action du crieur public

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    Je mets ici la réponse que j'ai donnée à qu'un qui a écrit ceci sur le site palashiyo ( http://www.palashiyo.org ) : Je trouve cette idée très intéressante et j'espère de tout cœur que vous irez jusqu'au bout. Toutefois, je me demande si en grand Comorien...
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  • A propos de l’orthographe du comorien. Ahmed Chamanga
    Bonjour, Karim Attoumani a écrit récemment : "j'espère ne pas écrire du chinois. Je me rends compte que je ne lis pas vraiment mon cour de shikomori quand je m'efforce de l'écrire". Je comprends que les Comoriens en général aient des difficultés pour...
2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 23:45

Je mets ici la réponse que j'ai donnée à qu'un qui a écrit ceci sur le site palashiyo (http://www.palashiyo.org ) :

Je trouve cette idée très intéressante et j'espère de tout cœur que vous irez jusqu'au bout. Toutefois, je me demande si en grand Comorien on ne dit pas yemndru wola hafu au lieu de emndru ola hafu.
yemwana ngutseho au lieu de emwana ngutseho.

Bonne réception.

Cdt Mhoma

Et ma réponse :

Bonjour,

Vous avez en partie raison. Je dis bien en partie, car vous vous fiez uniquement à la prononciation. Vous êtes donc, sans le savoir, partisan de la notation phonétique. Or l'orthographe d'une langue ne peut pas se baser uniquement sur la prononciation phonétique. Ce serait trop complexe.

Dans une langue, la réalisation d'un son peut dépendre de son environnement. Pour ce qui concerne les voyelles, le comorien ne connaît pas d’attaque vocalique sauf dans quelques rares mots d’origine arabe (comme su’ala, Kur’ani) ou certaines interjections. On a donc tout à gagner en ne notant les sons « w » et « y » que dans les cas où ils sont nécessaires. Ceci est valable aussi bien pour le shiNgazidja que pour le shiNdzuani et les autres dialectes comoriens.

Dans l’exemple que vous avez cité, j’ai effectivement écrit « emndru ola hafu », mais il faut prononcer [yemndru wola…], car de toute manière la langue n’admet pas la prononciation [‘emndru ‘ola…] avec attaque vocalique.

En outre, cela facilitera l’énonciation de certaines règles orthographiques. Par exemple, considérons, en shiNgazidja, la conjonction ou préposition na (« et, avec »). On peut dire que la voyelle « a » de cette conjonction reste lorsqu’elle suivie d’une consonne, mais qu’elle est élidée lorsqu’elle est suivie d’une voyelle :

Hali ndrovi na mhogo « il a mangé de la banane et du manioc »

Mais

Hali endrovi n’omhogo « il a mangé la banane et le manioc »

Hadja na mwana « elle est venue avec un enfant (ou elle est tombée enceinte...) »

Hadja n’emwana « elle est venue avec l’enfant »

C’est ce qui se passe encore avec la particule d’emphase nɗa « c’est » : nɗami, nɗawe, nɗaye, nɗa zinu, etc où sa voyelle reste lorsqu’elle est suivie d’une consonne (ici, m, w, y, z). La voyelle de cette particule tombe généralement dès qu’elle est suivie d’une voyelle : nɗ’emwana, nɗ’ilo, nɗ’izo, nɗ’owana, etc.

C’est enfin un peu ce qui se passe en français avec les articles définis « le » et « la » qui conservent leur voyelle lorsqu’ils sont suivis d’une consonne, mais la perdent lorsqu’ils sont suivis d’une voyelle.

Exemples :

le chemin, la table

mais

l’éveil, l’école,  l’image, etc.

Un autre cas où les sons « w » et « y » ne sont pas nécessaires dans la notation. Il s’agit du relateur -o qu’on rencontre dans la conjugaison au présent progressif. Considérons les verbes -soma « lire » et -fikiri « réfléchir ». Conjuguons-les à la première personne du pluriel. Cela nous donne :

ngarisomao « nous lisons »

ngarifikirio « nous réfléchissons »

Pourtant dans la prononciation, nous avons [ngarisomawo] et [ngarifikiyo]. Ce qui se passe, c’est que phonétiquement a+o = [awo] et i+o = [iyo].

Si on compare encore avec le français, nous avons quelques similitudes. Ex : baobab et biologie.

Enfin, là où les sons « w » et « y » sont nécessaires, il faut les noter. Pour mieux vous faire comprendre cela, considérons les verbes shiNgazidja -enɗa « aller » et -yela « se laver ». Vous voyez que dans le premier, il n’y a pas d’« y » alors que dans le deuxième, j’en ai mis un. Pourquoi ? Parce que ces verbes n’ont pas le même comportement quand on les conjugue :

tsenɗe, tsiyele

hwenɗe,  huyele

henɗe, hayele

renɗe,  riyele

mwenɗe, myele

wenɗe,  wayele

Qu’est-ce qui se passe ? Pour le premier verbe, les voyelles « i » de la première personne du singulier et du pluriel et la voyelle « a » de la troisième personne du singulier et du pluriel tombent au contact de la voyelle du verbe. Tandis que la voyelle « u » des deuxièmes personnes se « labialise » (= se transforme en "w") au contact de la voyelle du verbe. Pour le deuxième verbe par contre, toutes les voyelles se maintiennent devant la consonne « y » du verbe -yela.

Pour me résumer, pour écrire une langue, il faut des règles orthographiques qui s’appuient sur les réalités intrinsèques de cette langue. C’est ce que j’essaie de faire et de proposer.

Ahmed Chamanga.

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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 19:52

Bonjour,

Dans ce forum, les interventions se font généralement en français. De temps en temps, on glisse des mots comoriens. Ce qui est une bonne chose. Mais on oublie souvent que notre langue est composée de quatre variantes qui présentent parfois des mots différents. Je demanderais donc, du moins à ceux qui savent, de donner, si les mots sont différents, les mots équivalents dans les autres variantes du comorien, et pour les noms des plantes et des animaux les termes scientifiques.

Cela pourra d'ailleurs m'aider à enrichir le dictionnaire polydialectal comorien-français que je suis en train d'élaborer. A ce jour, j'ai déjà près de 6.000 entrées principales et près de 30.000 entrées secondaires (chaque entrée principale comprenant de 0 à plus 10 entrées secondaires ou sous-entrées). Voici un exemple 1 : article-lexik-1

Si les mots sont différents, je fais des renvois. Exemple 2 : article-lexik-2

Parfois, des mots ont la même prononciation, mais des sens différents. Dans ce cas, je note deux fois le mot, avec un renvoi à chaque fois. Exemple 3 : article-lexik-3

Pour le moment, mon ambition est assez modeste. Je souhaite arriver à un dictionnaire d'environ 40.000 mots. Pour avoir quelque chose de plus exhaustif, il faudra toute une équipe de lexicologues...

Est-ce que Yahaya Ibrahim (ou Bakri…) peut me donner le nom scientifique des mots « mnavu » et« ndebere » cités récemment par Tahamida dans son excellent compte-rendu de la conférence de Mbeni ?

Merci

Ahmed Chamanga

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 02:09

Bonjour (A Cheick Natidja),

Pour répondre à votre question sur le choix de l'écriture du comorien, je dirai que c'est plutôt par hasard et par habitude. Mais, je vais être plus précis, en faisant un peu la genèse de cette écriture.

Jusqu'à la veille de l'indépendance de notre pays, les Comoriens, dans leur très grande majorité, écrivaient leur langue en servant des caractères arabes. Mais petit à petit, avec le nombre de plus en plus croissant des scolarisés en français depuis les années trente, et avec la rencontre avec le monde malgache et le monde swahili où l'écriture latine est officielle, les Comoriens ont commencé à utiliser cette écriture latine, tout en continuant, dans certains contextes, à employer l'écriture arabe.

Puis arrive l'indépendance des Comores et la politique révolutionnaire d'Ali Swalihi qui met en place une grande campagne d'alphabétisation des Comoriens en optant pour l'écriture latine. Ceci a permis à un nombre important de nos compatriotes d'apprendre à lire et à écrire en comorien. Il faut également souligner que le nombre d'écoles publiques et le nombre d'élèves ont quasiment explosé depuis cette période. Aujourd'hui, dans chaque village des Comores, on a au moins une école publique où l'enseignement se fait en français, avec naturellement les caractères latins.

L'école coranique a une durée limitée alors que dans les écoles publiques, les élèves y restent plus longtemps et acquièrent donc une pratique régulière et durable des caractères latins. Je peux dire que c'est donc naturellement que l'écriture latine s'est imposée, aidée en cela par l'administration comorienne où le français reste pratiquement la seule langue officielle.

Le fait que le comorien compte un nombre important de mots d'origine arabe ne suffit pas pour justifier l'utilisation des caractères arabes pour notre langue. D'ailleurs un certain nombre de pays musulmans, comme la Turquie, la Somalie et la Malaisie, dont la langue comprend des milliers de mots d'origine arabe et qui utilisaient l'écriture arabe pendant des siècles, l'ont abandonnée par la suite au profit de l'écriture latine.

Pour ma part, je pense que cette écriture est mal adaptée pour notre langue. Puis, techniquement, elle pose pas mal de problèmes qu'il serait long de développer ici.

Enfin, ce débat sur le choix de l'écriture - arabe ou latine - qui a fait couler tant de salive et d'encre, est aujourd'hui dépassé. Après tout, ce n'est qu'un outil. Puisqu'il fait consensus, tenons-nous-en, et avançons !

Ahmed Chamanga

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 02:07

Bonjour,

Karim Attoumani a écrit récemment : "j'espère ne pas  écrire du chinois. Je me rends compte que je ne lis pas vraiment mon cour de shikomori quand je m'efforce de l'écrire".

Je comprends que les Comoriens en général aient des difficultés pour écrire le comorien. L'orthographe, quelle que soit la langue, ça s'apprend. Or nous n'avons jamais appris à l'écrire. Chacun essaie de faire ce qu'il peut. C'est déjà très louable. En me basant juste sur les sons de la langue, je note deux tendances chez les Comoriens :

1.        Il y a ceux qui ne "s'écoutent" pas assez avant d'écrire et qui tentent une écriture "savante". Résultat : ils compliquent les choses au lieu de faire simple. C'est le cas de notre ami Karim. Reprenons ses phrases et essayons de les analyser

1.        Mpwedza ya trilwa monsi. Prenons l'exemple du dernier mot. A quoi sert la lettre "n". Pourquoi ne pas écrire tout simplement mosi ("fumée en shiNdzuani) ?
Il faut apprendre à "s'écouter", car le comorien connaît des sons dit "oraux" et des sons dit "nasaux". C'est pourquoi il faut bien faire la différence entre, par exemple,
ngoma et goma ou mgu et Mngu. Ou encore entre ɓaâda(ɓa-â-da) "après" et ɓanɗa (ɓa-nɗa) "plaine" en shiNgazidja, etc.

2.        Fy iyanihawo. Pourquoi Fy avec un "y" au lieu de fi("poisson" en shiNdzuani) tout simplement ? C'est en malgache qu'on met un "y" à la fin d'un mot pour rendre le son "i". Quant au mot iyanihawo,pourquoi "iy" au début du mot ? En plus, tel que c'est écrit, il faut comprendre que c'est le "poisson qui fait sécher" et non "qu'on fait sécher". Il fallait plutôt écrire yanihwao...

2.        Puis il y a ceux qui "s'écoutent" peut-être un peu trop et qui ne font pas assez d'effort pour écrire les mots comme il faut : ils reproduisent exactement ce qu'ils entendent.
L'inconvénient de cette façon de faire est d'introduire beaucoup d'incohérence dans le système orthographique et de compliquer l'apprentissage (grammatical) pour les personnes dont ce n'est pas la langue maternelle. Prenons l'exemple de la phrase suivante :
handjo msirini. Si le sens de cette phrase semble évident pour un mNgazidja, ça ne l'est pas pour un mNdzuani par exemple. Or si on avait écrit handjia homsirini, ce dernier aurait compris au moins le premier mot de la phrase... Je ne vais pas entrer ici dans les détails : quelques explications se trouvent sur le site palashiyo.

Après cette question des sons, il se pose également le problème de la coupure des mots. Faut-il écrire, comme Karim, ya trilwa en deux mots ? ou yatrilwa en un seul mot ? Pour avoir la réponse, reportez-vous à notre prochaine rubrique du site palashiyo sur le système verbal...

Ahmed Chamanga

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 02:04

Je vais réagir rapidement au texte de Athman Mravili qui, entre parenthèses, est très intéressant. Mais je voudrais juste mettre les lecteurs en garde contre des conclusions parfois trop hâtives et superficielles.

1.        Dans l'histoire de la langue comorienne, le mot madaba en shiNgazidja ou mataba en shiNdzuani qui vient effectivement du makhuwa matapa, est apparue, je pense (je n'en suis pas certain), vers le XIXe siècle, avec l'arrivée massive des "esclaves" de langue makhuwa. Pour preuve, je prends en considération la sonorité du mot qui n'est pas encore totalement intégrée dans le système phonologique de la langue. En effet, les sons [d] et [b] se rencontrent généralement dans les mots d'emprunt... Lorsque ces mots sont bien intégrés dans le système, ces sons donnent respectivement [ ɗ ] et [ ɓ ]. C'est le cas par exemple du mot comme ɗaɓa "idiot, bête" (pluriel malaɓa) qui vient pourtant de l'arabe دابة  . Par contre, en shiNdzuani, le mot comme dari "étage", qui vient de l'arabe دار n'est pas bien intégré dans le système puisqu'il fait son pluriel en madari et partiellement intégré en shiNgazidja en donnant malari au pluriel...

2.        Dire qu'en shiNdzuani, on dit mia pour signifier "cent", cela est vrai aujourd'hui, mais faux il y a un siècle et même moins pour une grande partie de la population anjouanaise. Dans mon quartier de Mkiradjimwa de Wani, jusqu'aux années 70, il y avait encore des gens qui disaient jana pour "cent", majana maili pour "deux cents", etc. J'en parle d'ailleurs dans un article paru dans la revue Ya Mkobe du CNDRS, n° 16-17 que vous pouvez télécharger ici :

http://www.cndrs-comores.org/CNDRS_pdf/Yamkobe_16_17.pdf

3.        Quant au mot UKIMWI, mot aujourd'hui très courant en swahili pour traduire "sida", cela n'est pas venu naturellement. C'est parce qu'il y a en Tanzanie une institution officielle, une sorte "d’académie" tanzanienne qui réfléchit et qui propose des néologies... C'est ce genre d'institution que je souhaite depuis dix ans voir créée dans notre pays... pour ne plus entendre des mots comme matalazuzi pour "commentaire ou éclaircissement", mot crée on ne sait par qui et sur quelle base... un mot qui ne répond pas du tout au système sonore et morphologique de notre langue.

4.        Quant au remplacement de certains mots de la langue (comme mɓambandrano ou mgongano par "débat", cela relève d'une autre problématique. Nous y reviendrons.

Désolé d'avoir utilisé quelques mots techniques...

Ahmed Chamanga

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 02:02

Faisant suite au papier de Chamanga, je pense qu’il faut effectivement voir dans le swahili une langue plutôt récente dans l’ échelle de l’histoire et qui s’est développée avec le commerce avec le moyen orient et l’administration politique des cités comme Lamu, Malindi, Mombasa Beira, Zanzibar, nos iles etc. Le swahili  s’est formé donc sur un socle originel qui serait les langues dérivées de la famille bantoue :

Si les exemples contribuent à la démonstration je vous informe que dans une grand partie du Mozambique même à Maputo (ville pourtant plus au sud) le plat en feuilles de manioc se nome MATAPA/MADABA or en kiswahili on dit Mboga (qu’on ajoutera yaMhogo pour manioc ou autre). Vous me direz le cas de Mozambique est simple car ce sont nos ancêtres directes (eh oui nous sommes peut erre à moins de 10 générations des premier Makuwa qui ont foulés nos iles). D’ ailleurs le Nord du Mozambique territoire Makuwa on joue les Nbiwu comme du wadaha on porte des saluva et on applique le Msidzanu !!!).

Mais mieux encore quand je travaillais au Rwanda je commençais à apprendre quelques rudiments du kinyarwanda te je fus étonné de constater comment le shingazidja a consevré des racines et des mots similaires au kinyarwanda pendant que le swahili ou le kinzuani en a fait autre chose. Ainsi on dit bien Ijana (pour dire 100) Magana pour des centaines un peu comme en shingazidja alors qu’on dit MIA en kiswahili et shinzuwani et en arabe etc.

Par contre le nombre 10 est resté le même du lac Kivu au vieux port de Moroni (Icumi en kinyarwanda Kumi en Kiswahili et Kume en kingazija.

Dans ce  jeux de bonds de l’histoire et de raccourcis de civilisations je tiens  ce que non seulement nous réfléchissions sur l’écriture moderne et enrichie de notre langue (ce que des experts comme Chamanga tentent de faire) mais aussi de son ouverture civilisationnelle incontournable autour du monde swahili dans lequel il s’est inexorablement engagé depuis l’histoire moderne de la cote est-africaine. Depuis la fin de l’époque Ali Swalihi je n’ai pas constaté un enrichissement majeur de la langue comorienne et variantes : ni techniquement ni socialement. Je dirais même on a un peur régressé :

Quand l'on sait que le mot/acronyme SIDA a tout de suite trouvé un équivalent en kiswahili et que désormais dire UKIMWI pour sida est chose banale au Kenya ou en Tanzanie nous  nous sommes contenté d’une paresse intellectuelle. Pire! Qui se souvient de MBABANDRANO ? MGONGANO ?maintenant on préfère dire DEABA (T).

Peut être une exception! Une mention spéciale à ce mot que je trouve magnifique remise au gout du jour  qui est le mot MDJIJENGO ainsi que son expression dérivée SIWA MDJIJENGO). Ce fut la seule beauté des évènements de ces dernières années.

P.S UKIMWI = Umavu wa Kinga Mwilini).

Je tiens à remercier Chamanga pour ce sujet qui me passionne et lui demander son  indulgence pour l’analphabète que je suis.

Athman Mravili

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 01:59

Bonjour,

Votre question (Mohamed Ali Mgomri) est légitime. Beaucoup de Comoriens sont convaincus que la langue comorienne dérive du swahili. La question est délicate, vue la proximité des deux langues. Mais il ne faut confondre civilisation swahilie et langue swahilie. Les Comores appartiennent bien à l'aire culturelle swahilie, culture née de la rencontre entre la civilisation arabo-islamique et la civilisation bantoue, le long de la côte est-africaine (depuis le sud somalie jusqu'au nord du Mozambique, y compris les îles de Lamu jusqu'aux Comores).

Jusqu'au milieu du XXe siècle, on a toujours considéré que le comorien comme étant un dialecte swahili, les différents auteurs se contentant de se recopier. Cette position s'explique par la domination de la langue swahilie dans la zone et du fait que cette langue avait aux Comores un statut quasi officiel, puisque nos sultans l'utilisaient dans leurs rapports avec le monde extérieur.

Le Révérend Père Ch. Sacleux qui avait été un des plus grands spécialistes du swahili, avait d'ailleurs intégré, dans sa Grammaire des dialectes swahilis, le swahili des Comores qui comprenait deux variantes : le ki-Ngazija et le ki-Nzwani. Mais il avait compris très vite, vers la fin du XIXe siècle, qu'à côté de ce swahili "officiel" en quelque sorte, il y avait ce qu'il avait appelé la langue "populaire", distincte du swahili, et qu'il avait dénommée le shi-Ngazidja et le shi-Nzwani. Mais, pour lui, ces deux variantes étaient dérivées du swahili, mais avaient évolué dans "un isolement complet". Ce point de vue m'a toujours paru très discutable car je ne crois pas du tout à cet "isolement complet".

Les recherches menées ces dernières décennies par des linguistes comme Dereck Nurse, Hinnebush et G. Philippson, notamment dans les publications suivantes :

-           1981, Studies in the Classification of Eastern Bantu Languages. Hamburg. Helmut Buske. T. J. Hinnebusch, D. Nurse, M. Mould (eds). 261 p.

-           1985, The Swahili: Reconstructing the History and Language of an African Society, 800-l500. Philadelphia. Univ. of Pennsylvania Press. D.Nurse, T. Spear. 133 p.

-           1993, Swahili and Sabaki: a Linguistic History. Berkeley. University of California Press. D. Nurse & T.J. Hinnebusch. 780 p.

-            2003, The Bantu Languages. London. Routledge. D. Nurse & G. Philippson (eds). 685 p.

montrent que les langues swahilie et comorienne dérivent toutes les deux d'une même souche dont le foyer d'origine se situerait quelque part au Kenya actuel, entre les rivières Tana et Sabaki.

Par ailleurs, après des discussions que j'ai eues avec d'autres linguistes, comme le tanzanien Hermann Batibo, et des séminaires de bantou comparé dispensés à l'INALCO, il en est sorti que les deux langues (le swahili et le comorien) sont bien distinctes. Je ne vais pas entrer dans les détails, car il faut un livre de plusieurs centaines de pages pour le démontrer.

Comment expliquer, demandez-vous, que nous ayons beaucoup de communs ? Et vous avez pris l'exemple du mot comorien mdji qui donne mji en swahili. La réponse est, me semble-t-il, très simple :

1.        le swahili et le comorien sont deux langues sœurs qui appartiennent à la sous-famille linguistique que Nurse appelle les langues sabaki,

2.        les deux langues appartiennent à la grande famille des langues bantoues. Il n'est donc pas étonnant d'avoir des mots qui se ressemblent et mêmes des constructions similaires. Allez dans des pays, comme le Rwanda, les deux Congo, l'Afrique du Sud, etc. Vous verrez et vous serez surpris d'entendre beaucoup de mots qui ont des consonances comoriennes... Savez-vous par exemple que le mot bantu est le pluriel de muntu ? (en kinyarwanda, cela donne umuntu "une personne" et au pluriel abantu "des personnes" ; en comorien, nous avons mndru/wandru ou muntru/wantru ; en swahili mtu/watu...).

C'est ainsi pour toutes les langues de la même famille. Prenez l'exemple du français, de l'italien, de l'espagnol, etc, qui sont des langues latines. On ne peut pas dire que le français dérive de l'italien...

Désolé d'avoir été un peu long.

Ahmed Chamanga

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 01:57

Les principes de l'orthographe officielle du comorien ont été définis en 2008 lors d'un séminaire-atelier qui a eu lieu à Moroni à l'hôtel Mwafaka pendant trois jours, et promulgués par un décret présidentiel en décembre 2009. Cet atelier avait réuni un certain nombre de personnes venues de toutes les îles : cadres du monde de l'éducation, anthropologues (dont notre maître Damir ben Ali), traditionnistes (dont notre regretté Moussa Issihaka), etc.

Ce qui a été retenu :

1.        Pour ce qui concerne l'alphabet : adopter des signes qui tiennent compte des variétés linguistiques régionales des Comores et des expériences passées (alifube ya Ali Swalihi, par exemple).

2.        Pour ce qui concerne l'orthographe elle-même : respecter les conventions internationales retenues pour l'orthographe des langues bantu.

Pour le premier point : nous avons retenu les signes tr et dr hérités de l'orthographe du malgache et largement utilisés aux Comores, ainsi que le signe c utilisé au temps d'Ali Swalihi pour rendre le son "tch" et le signe pv pour rendre le son phonétique [ β ] (comme dans le mot upvaya "écailler", pour le distinguer de uvaya "porter un vêtement" : certains Anjouanais de la côte nord-ouest de Ndzuani, de Wani à Bimbini auront du mal à faire la différence). Nous avons par contre éliminé le signe pb utilisé au temps du Mongozi pour le distinguer du son b. Nous avons préféré à la place les signes ɓ et b. Exemples : ɓere "anneau (que les femmes portaient jadis aux chevilles)" # bere "béret (français)", etc.

Vous trouverez tous les signes adoptés sur mon site www.palashiyo.org.

Pour le deuxième point : le comorien, comme toutes les langues bantoues, est une langue "agglutinante". Les noms et les verbes sont formés à partir d'une racine autour de laquelle viennent s'agglutiner (= se coller) des affixes (préfixes et suffixes). Exemple : dans le mot mfano "exemple", nous avons la racine <FAN>, le préfixe <M> et le suffixe <O> où chaque élément ne peut pas s'employer tout seul. C'est leur combinaison qui donne un sens au mot. De même, dans le mot karidjasoma "nous n'avons pas lu", nous avons la racine <SOM>, les préfixe <KA>, <RI> et <DJA> et le suffixe <A>. Là encore, aucun de ces éléments ne peut s'employer tout seul et c'est leur combinaison qui donne au mot son sens.

La convention bantoue demande ainsi à ce que l'on écrive en un seul mot, tous les éléments qui forment un tout. C'est la raison pour laquelle, nous avons retenu, pour les noms par exemple, de "coller" ce que nous appelons le pré-préfixe nominal (que certains appellent "article défini") au reste du mot. Nous écrirons par exemple leɗaho (en shiNgazidja = Ng) ou liɗago (en shiNdzuani = Nz) "la maison" en un seul mot au lieu de le ɗaho ou li ɗago en deux mots, ou encore zemɓuzi (en Ng) ou zimbuzi (en Nz) en un seul mot au lieu de ze mɓuzi ou zi mbuzi en deux mots.

Se référant à l'orthographe du français, les Comoriens ont du mal à accepter ce principe. Or le pré-préfixe du comorien et l'article défini du français n'ont pas forcément la même valeur. Cela est d'autant plus incompréhensible que les Comoriens ont une pratique très ancienne de l'arabe où l'article " ال   ", qui fonctionne pratiquement dans les mêmes conditions que notre pré-préfixe, est collé au mot. Par exemple : مَدِينَة mdji "une ville" / المَدِينَة omdji"la ville".

Voilà pour les principes. Dans la pratique, les choses ne sont pas si simples, en particulier en shiNgazidja, à la différence des autres parlers comoriens. Mais, de toute façon, on ne peut pas écrire correctement une langue sans un minimum de connaissance grammaticale de cette langue. Le comorien ne déroge pas à la règle. A titre d'exemple, pourquoi faut-il écrire ufungua "détacher, délier, libérer" au lieu de ufunguwa ? ou encore : uɓalia au lieu de uɓaliya ? Pourquoi enfin faut-il écrire n'ezemɓuzi (avec apostrophe et en un seul mot) au lieu de neze mɓuzi (sans apostrophe et en deux mots) ? Pourquoi il n'est pas nécessaire de mettre un "w" devant le mot comme ufwakuzi ou bien uhuru ?... Voilà autant de questions que seule la connaissance de la grammaire peut éclaircir ou du moins aider à le comprendre...

Je mettrai à la disposition du public très prochainement une nouvelle édition revue et corrigée de mon Introduction à la grammaire comorienne.

Ahmed Chamanga

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 01:54

OUI le comorien ne fait pas partie des dialectes swahili. Il est comme le swahili une langue bantu (bantoue). Certes il y a beaucoup de ressemblances dans les deux langues surtout dans l'ancien swahil et  comorien qui n'ont pas été influencé par l'apport étranger (anglais pour l'un et le français pour l'autre) ce qui avait poussé certaines personnes à déclarer que le comorien avant d'être influencé par le français  "'etait le swahili authentique". Bon c'est une opinion car on peut dire aussi que le "Swahili de Zanzibar avant la colonisation britannique était "le swahili authentique". D'ailleurs jusqu'à maintenant le Swahili de Zanzibar qui a beaucoup de ressemblances avec le comorien est le swahili standard. Avant l'indépendance on comparait le swahili de zanzibar et celui du Tanganyika, Kenya et Ouganda et on disait que c'est "the queen's swahili" par rapport à l'anglais de Londres appelé "the Queen's English. Mais tout ceci nous éloigne de notre sujet qui est la recherche de l'harmonisation de notre langue. Nous devons tous y contribuer et nous comptons sur mon ami Chamanaga pour nous guider et nous orienter.

Ahmed M. THABIT

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 01:50

Bonjour, on vient de me faire découvrir une autre réalité du Shi Komor, cette langue ne fait pas partie des dialectes Swahili. Est-ce bien cela? Si oui, de quelle langue ce dialecte est dérivé?

Par la musique, par les mots de vocabulaire, par la construction des phrases, par les mêmes racines historiques de certains mots, nous avions compris que cette langue est née du swahili. Mais là, avec cette révélation de notre grand et vénéré professeur Chamanga, nous avons besoins de quelques lumières pour faire un pas en avant dans ce domaine.

Ensuite, je pose la question de savoir d'où vient OMDJI et MDJINI.

O mdji Ni hatru Samba et l'autre formule qui est la suivante: Wo Mji Wahatru Wo uparwa Samba.

Mohamed Ali Mgomri

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 01:45

Merci beaucoup pour l'introduction de shikomor dans le débat. J’y adhère entièrement. Je me souviens qu'au temps du président Mongozi  Ali Soilih, il a été demandé aux responsables de l'enseignement de  mener une réflexion pour que  certains cours soient dispensés en langue comorienne. Moi même j'ai eu à  faire un cours de grammaire sur le "verbe" en shikomor. Je me suis débrouillée comme je le pouvais sans avoir été formée au préalable, mais je vous assure, la classe a été très animée et les élèves bien motivés. Les résultats de l'évaluation étaient satisfaisants.
Sittou Mohamed

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 01:42

Lors d'un atelier tenu à Maloudja en 2002 (ou 2003 ?) sur la création de l'Université des Comores, j'avais déjà soulevé la fantaisie qu'ont les Comoriens à écrire des mots ou des noms comoriens. Et j'avais entre les mains un article d'Al-Watwan où le même auteur, dans le même article, a orthographié par quatre graphies différentes le nom de cette région de Ngazidja : Mboudé, M'Boudé, Mbude, Mbudé.

Le problème soulevé par Mchangama est bien réel quant à la nécessité de bien orthographier les mots pour lever toute ambiguïté et éviter d'éventuels conflits. Les Comoriens de la diaspora connaissent bien ce problème lorsqu'ils doivent fournir des actes de naissance par exemple : l'anarchie qui règne dans notre système d'état civil est souvent source d'erreurs très préjudiciables à nos concitoyens.

Ceci dit, je voudrais apporter quelques précisions sur le choix du système orthographique que j'ai soumis à l'appréciation de l’État et que j'applique dans toutes mes publications.

C'est le résultat d'une réflexion de près de trente ans effectuée sur la langue comorienne, tout en tenant compte des travaux réalisés par d'éminents linguistes sur les langues bantoues en général dont le comorien fait partie. Je me suis beaucoup inspiré du système orthographique swahili. Mais le comorien n'étant pas vraiment un dialecte swahili, j'ai observé ce qui se fait dans d'autres langues, comme par exemple en isiZulu, pour résoudre des questions non attestées en swahili. C'est, par exemple, le cas de l'élément grammatical que certains appellent l'article défini ou pré-préfixe défini (ex : mdji "un village" # omdji "le village"), élément inconnu en swahili, mais très développé en zoulou (isiZulu en zoulou d'Afrique du Sud).

Chaque choix a été bien réfléchi. Cela ne veut pas dire que j'ai raison partout, mais, j'ai mes raisons, et je suis disponible pour toute discussion... Depuis des années, je n'ai pas de cesse de répéter qu'il faut absolument harmoniser et standardiser l'orthographe du comorien... sans être entendu ou presque. Et actuellement, je suis écœuré de voir le massacre que les journalistes de l'ORTC font à l'écriture du comorien sur les écrans... Je pense qu'ils ont un rôle pédagogique à jouer...

La question est donc globale. Et la toponymie en fait partie. C'est dans cet esprit que j'ai collaboré, dans les années quatre-vingt-dix,  avec le regretté Professeur Pierre Vérin à la "comorianisation" et l'harmonisation des toponymes sur les cartes géographiques éditées par Nathan.

Pour terminer, je tiens à saluer cette prise de position de Said Mchangama, car la question de la linguistique comorienne ne pourra pas connaître de développement durable sans l'implication effective de nos hommes politiques. C'était le cas au temps d'Ali Soilihi. Sous le régime de Djohar, c'est grâce à Said Mchangama, alors Président de l'Assemblée Nationale, que la langue comorienne, langue nationale, est constitutionnellement reconnue comme l'une des langues officielles des Comores. Il est maintenant temps de passer de l'intention constitutionnelle à la réalité pratique... Pour ma part, j'ai toujours défendu ce qu'il appelle ici "Le comorien, langue d’émancipation citoyenne".

Ahmed Chamanga

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 01:34

Le combat pour l’affirmation de l’identité nationale et pour la valorisation de la langue comorienne est multiforme et doit être mené à tous les niveaux. D’où la nécessité de prioriser les initiatives-leviers.

Disposer d’un site (de sites) de référence pour uniformiser l’écriture de la langue  est un indispensable préliminaire.  Mais l’usage de la langue écrite doit s’imposer en nécessité quotidienne pour que le citoyen s’en approprie. Des nations et des régions ont construit leur identité par la langue. Ainsi le norvégien pour la Norvège qui voulait s’émanciper des  dominations successives du Danemark et de la Suède, pays on ne peut plus frères, le swahili pour la Tanzanie aux cent tribus et la communauté de l’Afrique de l’Est, le hébreu moderne pour Israël, l’indonésien pour les anciens territoires sous domination néerlandaise  devenus l’Indonésie, et l’anglais ciment des USA, un pays mini-monde, si soucieux de sa diversité qu'il n'a pas de langue officielle nationale, même s'il a fait de l'anglais la première langue de communication entre les peuples. 

Battre le tam-tam pour palashiyo

Unissons nos efforts pour que www.palashiyo.org  de Chamanga  et d’éventuels sites similaires deviennent des références connues pour ceux qui écrivent le comorien en caractères latins.

Chamanga est très indulgent quand il loue ma « bonne transcription » et excuse mes fautes «d’inattention».  Ce sont des fautes dues à mon ignorance. Maintenant, je peux apprendre à les éviter, du moins certaines, en consultant le site.  Faute de références et de règles  établies par une autorité reconnue, même les plus avertis écrivent en se référant aux règles d’autres langues, aux parlers régionaux, à leur "logique" et à leur fine ouïe…

Je propose, que du  1er au 31 mars, les membres de ce forum, qui peuvent le faire sans souci, placent en bas de leurs emails, une mention du genre : « pour bien écrire le comorien, je consulte le site www.palashiyo.org » ou  « Ecrire le comorien ? -> www.palashiyo.org !! »

La FCC le fera sur le site http://consommateurkm.com et sur sa page Facebook.

La toponymie : un premiers pas

Commençons par la toponymie. Aujourd’hui Google Earth, Google Maps, Bing et autre MapQuest informent mieux sur le village des grands parents, sur le  lieu  de culture de telle épice, sur la plage près de la mosquée, que maman  et l’oncle  qui y sont nés. A l’heure de la biométrie où l’épicier du quartier va faire ses courses en Chine et le rhumatisant se faire opérer en Inde, normaliser l’orthographe des noms des lieux est une nécessité pour la sûreté et la sécurité du citoyen-voyageur.  Il n’est pas sûr qu’un moteur de recherche renvoie Djoumoichongo à Djumwashongo, Magnassini à Manyasini, Ouani à Wani ou Oini,  Ouella à Wela ou Wella, Djoiezi à Djwaezi ou Djoiyezi, Gnoumachoua à Nyumashuwa ou  Nyumashua, Foumbouni à Fumbuni.

Par ailleurs, il serait judicieux qu'il y ait un minimum de réflexion et de contrôle  sur les noms que se donnent les nouvelles communes. Le risque existe toujours que dans quelques années, à la suite d’un différent, une commune conteste la propriété du nom d’une autre commune parce qu'il recouvrait une zone originelle partagée par les 2 communes. L’état (union ou/et île) crée les communes et doit veiller à des noms qui ne soient pas source de conflit.

Parenthèse : l’écrit n’a pas le monopole de l’anarchie. La prononciation du nom d’une localité  dans un madjlis par un arabisant diffère sensiblement de celle d’un francophone inaugurant une médiathèque. Madiiinat Ban’g’wa contre la ville de Ba'ngoi, Madiiinat I’koo’ni contre la commune d’Ico-nii. Idem pour les noms de personnes. 

Je suis Mwamed (ou Moimed) pour mes vieux copains d’école primaire, Muhammad ou M’hammad pour les connaissances de mon groupe d’âge dans les cérémonies coutumières et religieuses, Mo-(h)a-mééed pour le quidam en cravate qui après 2 fois bonjour m’a annexé comme très "cher ami". Et, toujours Mhamadi dans la Médina, pour les copines octogénaires de ma tante, durablement émues depuis la préhistoire, quand, élève de madrasa, je croassais dans les processions parcourant les ruelles d’un harimwamdji sec comme du basalte brûlant, pour implorer la pluie derrière les élèves-maîtres qui nous faisaient réciter «ya Arhama Rwwaaahimin,faridj anla l’muslimin».

Il  y a peu j’ai demandé à Chamanga, par l’intermédiaire de Mahmoud Ibrahim, s’il veut coopérer avec la FCC et d’autres pour un projet  sur la toponymie.

Seul l’état a le pouvoir de normaliser la transcription des noms de lieux.  Nous devons nous organiser pour sensibiliser les autorités.

Voici des propositions  et un calendrier :

18 – 20 février : discussions préliminaires dans ce forum. Pendant cette période si vous connaissez des  gens susceptibles de contribuer à ces échanges et qui seraient d’accord pour être inscrits au groupe, écrivez ou qu’ils écrivent à Malaika Massoudi missmaliza@gmail.com .

Choisir 2 modérateurs.  (J’avance  quelques noms : Chamanga, Fatouma Abdallah, Mahmoud Ibrahim, Soilih Hakime,  Youssouf Aboulhouda)

21 février  les modérateurs font une synthèse des discussions préliminaires. L’objectif à mon avis étant de dégager les grandes lignes d’un plan d’action, identifier les organisations et personnes qualifiées à consulter/associer pour parvenir à une toponymie officielle.

28 février - synthèse et proposition de 3 personnes  (résidant dans l'archipel) pour mener les consultations (je propose Damir ben Ali).

1-20 mars – consultations avec les parties intéressées.

20-31 mars – Synthèse commune avec parties impliquées, avant-projet  de feuille de route et plan d’action à soumettre au gouvernement.

Je pense que la toponymie relève du cadre réglementaire. Maismême s’il s’avère qu’une loi s’impose, il doit être possible si le gouvernement est motivé, de mettre en place une commission avec le financement nécessaire à son fonctionnement pour produire un projet de loi pour la session parlementaire d’octobre 2013 ou ’avril 2014. Si un texte réglementaire suffit les délais peuvent être plus courts, bien qu'il serait sage de recueillir l’avis au moins des présidents des commissions permanentes de l'Assemblée.

Rôle de la FCC

La FCC ne dispose pas de compétences  dans ce domaine.  Consommateurs et citoyens nous sommes  intéressés par des règles qui mettront de l’ordre dans nos titres fonciers, nos cartes géographiques,  nos papiers d’état-civil  (la localité de naissance de 2 frères, transcrite différemment dans leur acte de naissance ;  différemment dans le passeport et le certificat de nationalité etc. ..). Si dans un avenir proche, nous réussissons à  développer des produits de niche pour l’exportation, ne serait que pour le marché de la diaspora, les noms normalisés faciliteront la notoriété des terroirs (Ikame shaUhozi, kofia yaTsembehu.  L’enjeu est aussi économique.

Nous pourrons  cependant apporter une certaine expérience dans la sensibilisation des autorités et de la population et assurer,  si nécessaire, le secrétariat d’un groupe de  coordination.

Et après la Toponymie ?

Quelques pistes pour 2013-2015

Le comorien langue d’émancipation citoyenne

Nous n’avons pas d’autre langue-outil  d’affirmation citoyenne et de développement social que le comorien.

1-           Inclure le comorien dans les documents d’état-civil. Le citoyen alphabétisé en comorien pourra contrôler l’authenticité des  données figurant sur les  documents. Il ne sera plus un étranger demandant assistance dans les bureaux publics, source de corruption.

2-           Imposer l’inclusion du comorien dans les formulaires, récépissés,  reçus des services publics courants et les reçus  des transactions commerciales…

3-           Utiliser systématiquement le comorien à côté d’une autre langue officielle dans les notices d’information au grand public : hygiène et santé publique, droits du citoyen.

Said Mchangama

 

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